| Issue |
Rev. Fr. Geotech.
Number 178, 2024
RFG Digues 2024
|
|
|---|---|---|
| Article Number | 4 | |
| Number of page(s) | 8 | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/geotech/2024007 | |
| Published online | 26 March 2024 | |
Article de recherche / Research Article
Fusion de données géophysiques (TRE et MASW) et géotechniques (granulométrie) pour la caractérisation de digues en terre
Combination of geophysical data (ERT and MASW) and geotechnical data (particle size analysis) for the characterization of earth levees
1
FI-NDT, Bouguenais, France
2
UGE-GeoEND, Bouguenais, France
3
EDF-CIH, Bourget-du-Lac, France
4
UGE-RRO, Bron, France
5
EDF-TEGG, Aix-en-Provence, France
* Auteur de correspondance : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Résumé
La bonne caractérisation des ensembles lithologiques des digues en terre constitue un enjeu majeur dans un contexte de prévention de rupture d’ouvrage. En effet, les conséquences d’un tel événement peuvent s’avérer potentiellement catastrophiques (pertes humaines, graves impacts environnementaux et économiques). Les méthodologies reconnues pour caractériser les digues en terre comprennent classiquement des méthodes de reconnaissance géophysiques et géotechniques de natures complémentaires. Ce travail de recherche présente une méthodologie de fusion permettant la combinaison de données issues de ces deux types de sources d’information. Ici, les données utilisées proviennent d’une campagne de reconnaissance menée sur une digue de canal EDF. Les résultats obtenus ont été préalablement publiés et présentés sous forme d’un article de revue internationale à comité de lecture. Cette campagne de terrain regroupe trois types d’informations : résistivités électriques, vitesses d’ondes de cisaillement et analyses granulométriques d’échantillons. La méthodologie de fusion introduite repose sur le cadre théorique des masses de croyance. Tout en tenant compte des spécificités de chaque méthode (répartition spatiale, imprécisions et incertitudes des données), cette approche de fusion permet de quantifier le niveau de conflit entre les sources d’information ainsi que d’associer un indice de confiance aux caractérisations proposées. Les résultats de la fusion obtenus, dans le cadre du cas d’étude présenté, mettent en évidence la capacité de cette méthodologie à discriminer les unités lithologiques (remblais fins ou grossiers avec brèches calcaires, socle marneux ou calcaire) ainsi qu’à localiser les positions d’interfaces entre unités et les niveaux de confiance associés. Ces résultats sont en cohérence avec les connaissances déjà disponibles sur le contexte géologique du site et mettent en évidence l’intérêt de combiner des informations issues de sources de nature différente afin de tirer profit de leur complémentarité. Ces travaux ont montré un potentiel prometteur pour cette méthode, tant sur une digue de canal que sur une levée. Ils seront poursuivis par une étude comparative de différentes méthodes de fusion et par la mise en application sur de nouveaux cas réels d’études.
Abstract
The accurate characterization of lithological layers in earthen levees is a major challenge in the context of preventing structural failure. Indeed, the consequences of such an event can be potentially catastrophic, leading to loss of life, significant environmental impacts, and economic losses. Established methodologies for characterizing earthen levees typically include complementary geophysical and geotechnical investigation methods. This research presents a fusion methodology that combines data from these two types of information sources. The data used here were collected during geotechnical investigations on an EDF canal dike. The obtained results were previously published in a peer-reviewed international journal. The field campaign encompassed three types of information: electrical resistivities, shear wave velocities, and particle size analyses of samples. The introduced fusion methodology is based on the theoretical framework of belief masses. Considering the specificities of each method (spatial distribution, data uncertainties and imprecisions), this fusion approach allows for the quantification of the level of conflict between information sources and for the assignment of a confidence index to the proposed characterizations. The fusion results obtained, in the context of the presented case study, highlight the ability of this methodology to discriminate lithological units (fine or coarse fill with limestone breccias, marly or limestone bedrock), as well as to locate interfaces between units and associated confidence levels. These findings are consistent with the existing knowledge of the site’s geological context and demonstrate the value of combining information from different sources to leverage their complementarity. These works have shown promising potential for this method. They will be pursued through a comparative study of different fusion methods and the implementation on new real case studies.
Mots clés : ouvrage hydraulique en terre / fusion de données / tomographie de résistivité électrique / multi-channel analysis of surface waves / analyse granulométrique
Key words: hydraulic earth structure / data fusion / electrical resistivity tomography / multi-channel analysis of surface waves / particle size analysis
© CFMS-CFGI-CFMR-CFG, 2024
1 Introduction
Afin de prévenir les ruptures de digues, il est essentiel de pouvoir caractériser ces ouvrages de manière efficace. À cette fin, des campagnes de reconnaissance faisant appel à des méthodes géophysiques et géotechniques (Fauchard et Mériaux, 2007) sont généralement utilisées pour leur caractérisation et l’identification des zones de faiblesse. L’évaluation des risques est l’objectif de ces campagnes. Alors que les méthodes géophysiques sont non intrusives et fournissent des informations sur un large volume de sous-sol, les méthodes géotechniques sont quant à elles intrusives et fournissent des informations spatialement ponctuelles. Alors que les incertitudes associées aux informations géophysiques sont importantes, les informations obtenues par les méthodes géotechniques sont plus contraintes. Bien que la combinaison de ces deux types d’information soit pertinente, peu de méthodologies considèrent une combinaison mathématique des données acquises, optant plutôt pour une superposition graphique des résultats (Sauvin et al., 2013 ; Shaaban et al., 2013 ; Bièvre et al., 2017). Afin de faciliter le diagnostic des digues en remblai, il est important d’être en capacité d’identifier les matériaux lithologiques présents dans la structure et de les distinguer. Les interfaces ainsi que la présence d’anomalies doivent également être localisées. Ces informations peuvent fournir des indications sur le développement ultérieur de zones d’érosion interne et sur la stabilité de talus (Foster et al., 2000). Une telle caractérisation, associée à des indices de confiance, s’avérerait utile pour établir des modèles de risque de rupture. Une méthodologie de fusion d’informations basée sur l’utilisation des masses de croyance (Shafer, 1976 ; Dempster, 1967) a été développée et proposée pour combiner les données provenant de sources d’informations géophysiques et géotechniques (Dezert, 2019). Cette méthodologie permet de prendre en considération les différents types d’imperfections associées aux informations acquises (incertitude, imprécision, incomplétude) ainsi que leur expression spatiale spécifique (ponctuelle ou volumique) et le niveau d’inconsistance entre les méthodes de reconnaissance. Alors que les incertitudes correspondent à des degrés de confiance liés à une grandeur physique ou à une caractérisation, les imprécisions correspondent à des intervalles de valeurs directement associés à des erreurs de mesure liées à la méthode d’investigation. Nous proposons ici l’application de cette méthodologie basée sur les fonctions de croyance à un nouveau type de structure, à savoir une digue de canal EDF (Dezert et al., 2022). Celle-ci inclut la présence de deux substratums distincts, chacun avec de fortes variations latérales, deux types de remblais et une ancienne faille. Dans ce travail, la fusion de données acquises par méthode de tomographie de résistivité électrique (TRE), de profils sismiques en ondes de surface (MASW, multi-channel analysis of surface waves) et par analyses granulométriques sur échantillons est réalisée. La méthodologie a été développée pour tout ouvrage hydraulique en terre, et a été appliquée avec succès à une levée de Loire (Dezert et al., 2021).
2 Site d’étude et méthodes de reconnaissance
L’ouvrage hydraulique étudié est une digue de canal EDF située dans le Sud de la France. Pour des raisons de confidentialité, la notation en point kilométrique (PK) est utilisée avec une référence arbitraire pour identifier les positions des reconnaissances géophysiques et géotechniques. La section sélectionnée pour notre étude se trouve en rive droite et s’étend du PK 10,35 au PK 12,13. Cinq formations géotechniques y ont été identifiées. Cette section d’étude a l’avantage de recouvrir deux formations géotechniques distinctes, ainsi qu’une ancienne faille orientée NE–SO abaissant le bloc ouest. Jusqu’au PK 10,8 environ, le canal repose essentiellement sur un terrain calcaire plus ou moins marneux du Crétacé inférieur (en jaune, Fig. 1). Au-delà de ce point, le substratum est généralement constitué de marnes plus ou moins argileuses et indurées de l’Oligocène (en violet, Fig. 1). Entre les PK 11,50–12,13, la présence de matériaux plus cohésifs, correspondant très probablement à des calcaires du Crétacé, est suspectée. Les positions respectives des trois méthodes d’investigation distinctes mises en œuvre (deux géophysiques et une géotechnique) sont présentées sur la figure 1.
Une campagne géoélectrique a été réalisée en 2014 en crête d’ouvrage. L’ensemble comprenait 48 électrodes espacées de 5 m suivant une configuration dipôle–dipôle. Les câbles ont été déployés de façon à couvrir l’ensemble de la digue avec une profondeur d’investigation théorique constante. Cette disposition d’électrodes s’étendait des PK 10,35–12,13 (profil bleu, Fig. 1). Une campagne de MASW a ensuite été réalisée en 2017 en crête d’ouvrage avec un dispositif de flûtes tractées et tir tous les 24 m afin d’investiguer trois tronçons (profils verts, Fig. 1) au sein de la section d’étude. Ces trois sections s’étendent respectivement des PK 10,74 à 10,9, des PK 11,1 à 11,3 et des PK 11,5 à 11,7, avec un espacement des géophones de 2 m. Les informations géotechniques proviennent quant à elles de sept sondages carottés effectués en crête de digue en 2016. Cinq sont situés le long du profil de TRE (en rouge, Fig. 1). Des analyses granulométriques ont été réalisées en laboratoire sur une grande partie des échantillons prélevés et la classification décrite dans la norme française AFNOR NF P11-300 (1992) a été appliquée. Les matériaux plus cohésifs (socles marneux ou calcaires) n’ayant pas subi d’analyse granulométrique, ont été identifiés visuellement par les techniciens.
![]() |
Fig. 1 Emplacements des sondages carottés et des profils géophysiques en crête de digue. Les profondeurs des contacts entre les remblais et le substratum sont indiquées pour chaque sondage. Locations of core holes and geophysical profiles on the embankment crest. Depths of contact between fill and bedrock are indicated for each hole. |
3 Démarche de fusion et données
3.1 Fusion d’informations
La fusion, dans le cadre des fonctions de croyance, requiert : (i) la sélection d’un cadre de discernement (frame of discernment, FoD) du problème considéré, (ii) la détermination de distributions de masses de croyance à partir des jeux de données et (iii) l’utilisation d’une ou de plusieurs règles de combinaison pour opérer la fusion. Comme présenté sur la figure 2, notre démarche de fusion consiste à traiter individuellement en amont les informations géophysiques et géotechniques acquises sur le site d’étude. Des distributions de masses de croyance sont ensuite établies pour chaque source d’informations avant d’être fusionnées entre elles. Dans cette étude, nous considérons quatre matériaux lithologiques (hypothèses) à identifier au sein de la section : remblais fins (θ1), marnes (θ2), remblais grossiers avec brèches calcaires (θ3) et calcaires (θ4). Comme le FoD, noté ϴ, regroupe un ensemble d’hypothèses exhaustives et exclusives, nous considérons une cinquième hypothèse (θ5) correspondant à un matériau potentiellement différent des quatre décrits. Ainsi, Ɵ = {θ1, θ2, θ3, θ4, θ5}. Ce FoD est commun aux trois sources d’informations. Notre méthodologie impose d’affecter pour chaque source d’information (méthode de reconnaissance) des distributions de masses de croyance à chaque hypothèse de ϴ. L’espace des fonctions de masse m(.) est fixé par toutes les disjonctions possibles des hypothèses de ϴ. Il est donc possible d’associer des masses de croyance à l’union (« ou » logique) d’hypothèses, permettant de quantifier l’incertitude entre plusieurs hypothèses. La fonction de masse de croyance est définie dans l’intervalle [0, 1] et telle que la somme des masses soit égale à 1. Ainsi, plus la masse tend vers 1 et plus la confiance en l’hypothèse est importante. Un processus de fusion peut ensuite être réalisé avec (i) utilisation de la règle de Smets (1990), permettant la représentation du conflit (Ø) existant entre les sources d’informations et avec (ii) la règle PCR6 (Smarandache et Dezert, 2009), permettant une redistribution de cette masse conflictuelle sur les hypothèses les plus plausibles. Pour plus de détails sur le formalisme des fonctions de croyance et sur la méthodologie de fusion employée, nous renvoyons le lecteur vers (Shafer, 1976 ; Dezert et al., 2022).
![]() |
Fig. 2 Démarche schématisée de la méthodologie de fusion développée par Dezert (2019). Schematic approach to the fusion methodology developed by Dezert (2019). |
3.2 Données
La distribution de résistivité obtenue après traitement par inversion des mesures de TRE (Fig. 3a) suggère la présence locale de matériaux résistifs : entre 8 et 16 m de profondeur entre les PK 10,4–10,52 ; en proche surface entre les PK 10,55–10,7 ; entre 8 et 24 m de profondeur entre les PK 10,8–10,95 ; et entre 6 et 14 m de profondeur entre les PK 12–12,1. Des résistivités plus faibles sont observées sur une zone s’étendant sur plus de 500 m de long, des PK 11,1–11,65. La caractérisation TRE ne permet pas de déterminer avec précision les positions exactes des interfaces entre les ensembles lithologiques.
Vingt profils de vitesse sismique (Vs en m.s−1) ont été obtenus après traitement par inversion des mesures sismiques par méthode MASW. Chaque profil est représentatif d’une section de 24 m de long avec des profondeurs variables et une discrétisation verticale de 0,1 m. Ces profils de vitesse sont présentés sur la figure 3b. Ils présentent de faibles vitesses en proche surface et des valeurs plus importantes à des profondeurs supérieures à 10 m pour la première (PK 10,74–10,9) et troisième (PK 11,5–11,7) section. La deuxième section (PK 11,1–11,3) présente principalement de faibles valeurs de Vs. Ces résultats géophysiques ne permettent pas de distinguer les quatre matériaux lithologiques constitutifs de l’ouvrage et de sa fondation. En raison des nombreuses variations latérales du substratum, dans ce cas de figure complexe, il est également très délicat d’identifier la limite remblai–fondation sans information a priori. Nous utilisons donc un algorithme de partitionnement (k-means clustering [Likas et al., 2003]) afin d’associer des intervalles de résistivités/vitesses aux hypothèses de ϴ tels que les matériaux de faibles résistivités/vitesses soient associés à des remblais fins ou marnes (θ1 ∪ θ2), les matériaux de fortes résistivités/vitesses soient associés à des remblais grossiers avec brèches calcaires ou à des calcaires (θ3 ∪ θ4) et les matériaux de résistivités/vitesses intermédiaires à l’une de ces quatre hypothèses (θ1 ∪ θ2 ∪ θ3 ∪ θ4). Les valeurs d’imprécisions (et de sensibilités pour la TRE) associées aux valeurs physiques sont prises en compte afin d’allouer des masses de croyance aux différentes hypothèses déterminées en suivant la procédure décrite dans Dezert (2019).
Les sondages carottés fournissent des informations sur la présence de remblais (fins ou grossiers) et du substratum (marnes ou calcaires). La figure 3c présente les hypothèses du FoD identifiées dans les sondages. Une masse de croyance proche de 1 sur l’hypothèse caractérisée est fixée au niveau des sondages. La masse décroît ensuite latéralement de façon exponentielle jusqu’au sondage voisin, en tenant compte de la caractérisation faite à même profondeur par ce dernier. Le détail de cette procédure est également expliqué dans Dezert (2019). La figure 3c démontre la présence de remblais fins près de la surface des sondages B3 à B7, ainsi que la présence de marnes sous-jacentes pour les sondages B4 et B5. Le substratum calcaire est identifié sous les remblais dans les forages B1, B2 et B6 et le substratum apparaît proche de la surface dans le forage B2.
![]() |
Fig. 3 (a) Section de résistivité inversées ; (b) profils de Vs ; (c) caractérisation par sondages carottés. (a) Inverted resistivity sections; (b) Vs profiles; (c) Drilling characterization. |
4 Résultats
La caractérisation de la section obtenue pour chaque méthode de reconnaissance est présentée sous forme de distribution de masses de croyance (Fig. 4). Alors que les figures 4a, 4c et 4e présentent pour chaque méthode les hypothèses de ϴ ayant la plus grande masse de croyance (matériaux les plus plausiblement présents), les valeurs de masses associées (indices de confiance) sont respectivement présentées dans les figures 4b, 4d et 4f. Ces résultats visent à mettre en évidence la capacité de notre méthodologie à représenter l’incertitude (union d’hypothèses avec indices de confiance associés) tout en tenant compte de l’imprécision associées aux données acquises. Les quatre zones de fortes résistivités décrites sur la figure 3a apparaissent en vert sur la figure 4a. Ces résultats attestent que la méthode de TRE échoue à discriminer les quatre hypothèses existantes (remblai fin, remblai grossier avec brèches, substratum marneux, substratum calcaire).
Les matériaux lithologiques les plus probablement présents dans le sous-sol selon la méthode MASW sont affichés sur la figure 4c, avec les valeurs de masses de croyance associées (indices de confiance) (Fig. 4d). Il semble que ces résultats soient en accord avec la caractérisation proposée par la méthode TRE (Fig. 4a), en particulier avec la caractérisation de l’union des hypothèses θ1 et θ2 (notée θ1 ∪ θ2), à faible profondeur pour les trois sections couvertes et la caractérisation de θ3 ∪ θ4 au-delà d’une profondeur de 10 m pour la première section (autour du PK 10,8). Ces figures attestent la capacité de la méthodologie à représenter le manque d’information (incomplétude en noir, Fig. 4c).
De par la construction des masses de croyance géotechniques, la caractérisation obtenue (Fig. 4a et Fig. 44f) met en évidence une forte confiance (masses de croyance proches de 1) au niveau des points de sondages (Fig. 4f), ainsi qu’une diminution latérale de celle-ci en fonction des matériaux rencontrés dans les sondages adjacents.
À l’issue du processus de fusion, la caractérisation de la section obtenue par règle de Smets (1990) est présentée sur la figure 5b et celle obtenue par règle PCR6 (Smarandache et Dezert, 2009) est présentée sur la figure 5c avec les valeurs de masses de croyance associées (Fig. 5d). Les résultats obtenus par notre méthodologie de fusion semblent globalement en accord avec la description géologique de la section de la digue établie par EDF (Fig. 5a).
![]() |
Fig. 4 (a, c, e) Représentation avant fusion des hypothèses ayant la plus grande masse de croyance par caractérisation TRE, MASW et sondages carottés respectivement ; (b, d, f) représentation des valeurs de masses de croyance associées à ces caractérisations. (a, c, e) Pre-merger representation of the hypotheses with the highest belief mass by TRE, MASW and cored borehole characterization respectively; (b, d, f) representation of the belief mass values associated with these characterizations. |
![]() |
Fig. 5 (a) Caractérisation de la section d’étude proposée par EDF ; (b) représentation des hypothèses ayant la plus grande masse de croyance à l’issue de la fusion par règle de Smets ; (c) par règle PCR6 ; (d) représentation des valeurs de masses de croyance associées à la caractérisation par la règle PCR6. (a) Characterization of the study section proposed by EDF; (b) Representation of the hypotheses with the highest belief mass after merging by Smets rule; (c) by PCR6 rule; (d) representation of the belief mass values associated with characterization by PCR6 rule. |
5 Discussion
Concernant la caractérisation de la section de digue, la figure 5c révèle la présence d’un substratum calcaire jusqu’au PK 10,6, avec des remblais grossiers au-dessus. Entre les PK 10,6–10,8, la faille NE-SO semble détectée, abaissant les formations géologiques du compartiment ouest. Cela explique pourquoi des remblais grossiers sont caractérisés à de telles profondeurs au PK 10,8, alors qu’ils sont beaucoup plus proches de la surface au PK 10,55, s’adaptant à la forme du terrain naturel chahuté. Cette zone de faille entre les PK 10,55–10,8 est mal caractérisée (union d’hypothèses représentée sur la figure 5c, et faibles masses de croyance associées [Fig. 5d]), ce qui suggère la possibilité d’une zone « chahutée » difficile à identifier. Des remblais fins sont ensuite présents jusqu’à une profondeur d’environ 10 m, avec la présence d’un sous-sol marneux sous-jacent. À partir du PK 11,6, la caractérisation est moins évidente avec probablement une alternance de remblais fins et grossiers. L’incertitude associée aux informations géophysiques et au manque d’informations géotechniques (les sondages B6 et B7 étant très éloignés l’un de l’autre) laisse cette zone, au-delà de 10 m de profondeur, mal caractérisée. Les connaissances disponibles (Fig. 5a) suggèrent que des calcaires du Crétacé pourraient être présents entre les PK 11,5–12,13 ; cette caractérisation semble donc en accord avec les résultats de fusion.
Les résultats obtenus mettent en évidence la complémentarité des informations géophysiques et géotechniques. Alors que les méthodes ERT et MASW n’ont pas permis, individuellement, de distinguer les quatre matériaux décrits (Fig. 4), les résultats des carottages ont clarifié la section en discriminant les matériaux et en spécifiant les positions des interfaces. Cela est visible, par exemple, au niveau du sondage B3 (vers 11,5 m de profondeur) entre les remblais fins et grossiers. Alors que les méthodes ERT et MASW suggéraient une interface plus haute (Fig. 4), les informations contenues dans les carottages permettent de réajuster cette position et de visualiser la contradiction entre les sources grâce à la règle de Smets, permettant la représentation du conflit (en rouge, Fig. 5b).
Étant donné que le conflit n’est pas en soi une solution, la règle PCR6 est également essentielle afin de mettre en évidence le matériau le plus probablement présent malgré un niveau élevé de conflit (Fig. 5c et 5d). Il est également nécessaire d’observer de façon simultanée les résultats de fusion et les masses de croyance associées. Bien que ces valeurs de masse ne doivent pas être considérées comme des indicateurs absolus pour une étude de risques, elles fournissent néanmoins de précieuses informations lorsqu’elles sont comparées de manière relative. Ainsi, sur la figure 5c, la présence de remblais fins est observée sur les 8 premiers mètres d’épaisseur, du PK 10,8 jusqu’à la fin de la section. Cependant, la Fig. 5d permet de qualifier cette caractérisation avec notamment une baisse considérable de la confiance à gauche du sondage B3, et une diminution graduelle de la confiance à droite du sondage B6. La caractérisation de θ1 est donc moins fiable au PK 12 qu’au PK 11,3.
Au sein de la section, l’union de deux hypothèses est parfois représentée à l’issue de la fusion (par exemple θ1 ∪ θ2 au-delà d’une profondeur de 15 m au PK 11,2). Bien qu’un seul matériau ne soit pas caractérisé, l’observation d’un(e) expert(e) devrait permettre de proposer la solution la plus plausible pour trancher entre ces deux éventualités. Dans cet exemple, bien que le sondage B4 n’aille pas au-delà de 15 m, il semble raisonnable de suggérer que les matériaux présents au-delà soient également du substratum marneux et non des remblais fins. Ainsi, dans le cas d’union d’hypothèses caractérisées, grâce à l’observation d’un expert, des suggestions raisonnables concernant les matériaux présents au-delà des profondeurs d’investigation géotechnique sont envisageables.
6 Conclusion
Ce travail a introduit une application détaillée de notre méthodologie de fusion à une section de digue de canal de grandes dimensions et de lithologie complexe à l’aide de deux règles de combinaison (Smets et PCR6). Les résultats obtenus sont en accord avec la caractérisation initialement proposée par EDF, permettant même d’aller au-delà en y associant un indice de confiance. Cette méthodologie permet de prendre en compte les différentes formes d’imperfections associées à l’information (incertitude, imprécision, incomplétude), ainsi que les distributions spatiales propres à chaque source d’information. Les résultats obtenus grâce à ce processus de fusion permettent de mettre en évidence la variabilité significative de la lithologie ainsi que l’emplacement de la faille entre les PK 10,6–10,8. Les résultats présentés aident à localiser les zones : à niveau de confiance élevé (masses de croyance élevées), de doute entre deux matériaux (union de deux hypothèses caractérisées) ou quatre matériaux (union de quatre hypothèses caractérisées), et de conflit entre les sources d’information (masses de croyance élevées associées au conflit). Les zones présentant un niveau de confiance plus faible indiquent les endroits où les investigations doivent être renforcées à l’avenir et où l’information serait précieuse pour la prise de décision dans les modèles de calcul d’aléas de rupture. Bien que ce travail présente les résultats obtenus pour une digue en charge, cette méthodologie est également applicable à tout type d’ouvrage hydraulique en terre et pourrait être étendu à d’autres méthodes de reconnaissance géophysiques et géotechniques. Ces travaux seront poursuivis par une étude comparative de différentes méthodes de fusion et par la mise en application sur de nouveaux cas réels d’études.
Références
- AFNOR NF P11-300. 1992. Exécution des terrassements – Classification des matériaux utilisables dans la construction des remblais et des couches de forme d’infrastructures routières. [Google Scholar]
- Bièvre G, Lacroix P, Oxarango L, Goutaland D, Monnot G, Fargier Y. 2017. Integration of geotechnical and geophysical techniques for the characterization of a small earth-filled canal dyke and the localization of water leakage. Journal of Applied Geophysics 139: 1–15. [CrossRef] [Google Scholar]
- Dempster AP. 1967. Upper and lower probabilities induced by a multivalued mapping. The Annals of Mathematical Statistics 54(3-4): 325–339. [CrossRef] [Google Scholar]
- Dezert T. 2019. Combinaison d’informations ponctuelles et volumiques pour le diagnostic d’ouvrages en terre soumis à des risques hydrauliques (doctoral dissertation). Nantes: Université de Nantes–Faculté des Sciences et Techniques, 277 p, tel.archives-ouvertes.fr/tel-02459100. [Google Scholar]
- Dezert T, Lopes SP, Fargier Y, Saussaye L, Côte P. 2021. Data fusion of in situ geophysical and geotechnical information for levee characterization. Bulletin of Engineering Geology and the Environment 80(6): 1–17. [CrossRef] [Google Scholar]
- Dezert T, Fargier Y, Palma-Lopes S, Guihard V. 2022. Canal dike characterization by means of electrical resistivity, shear wave velocity and particle size data fusion. Journal of Applied Geophysics 204: 104749. [CrossRef] [Google Scholar]
- Fauchard C, Mériaux P. 2007. Geophysical and geotechnical methods for diagnosing flood protection dikes: guide for implementation and interpretation. Versailles: Quae, 124 p. [Google Scholar]
- Foster M, Fell R, Spannagle M. 2000. A method for assessing the relative likelihood of failure of embankment dams by piping. Canadian Geotechnical Journal 37(5): 1025–1061. [CrossRef] [Google Scholar]
- Likas A, Vlassis N, Verbeek JJ. 2003. The global k-means clustering algorithm. Pattern Recognition 36(2): 451–461. [CrossRef] [Google Scholar]
- Sauvin G, Lecomte I, Bazin S, L’Heureux JS, Vanneste M, Solberg IL, et al. 2013. Towards geophysical and geotechnical integration for quick-clay mapping in Norway. Near Surface Geophysics 11(6): 613–624. [CrossRef] [Google Scholar]
- Shaaban F, Ismail A, Massoud U, Mesbah H, Lethy A, Abbas AM. 2013. Geotechnical assessment of ground conditions around a tilted building in Cairo-Egypt using geophysical approaches. Journal of the Association of Arab Universities for Basic and Applied Sciences 13(1): 63–72. [CrossRef] [Google Scholar]
- Shafer G. 1976. A mathematical theory of evidence. Princeton (NJ, USA): Princeton University Press, 296 p. [Google Scholar]
- Smarandache F, Dezert J. 2009. Advances and applications of DSmT for information fusion. Collected works − ARP 3: 760. [Google Scholar]
- Smets P. 1990. The combination of evidence in the transferable belief model. IEEE Transactions on Pattern Analysis and Machine Intelligence 12(5): 447–458. [CrossRef] [Google Scholar]
Citation de l’article : Théo Dezert, Sérgio Palma-Lopes, Jean-Robert Courivaud, Yannick Fargier, Christophe Vergniault. Fusion de données géophysiques (TRE et MASW) et géotechniques (granulométrie) pour la caractérisation de digues en terre. Rev. Fr. Geotech. 2024, 178, 4.
Liste des figures
![]() |
Fig. 1 Emplacements des sondages carottés et des profils géophysiques en crête de digue. Les profondeurs des contacts entre les remblais et le substratum sont indiquées pour chaque sondage. Locations of core holes and geophysical profiles on the embankment crest. Depths of contact between fill and bedrock are indicated for each hole. |
| Dans le texte | |
![]() |
Fig. 2 Démarche schématisée de la méthodologie de fusion développée par Dezert (2019). Schematic approach to the fusion methodology developed by Dezert (2019). |
| Dans le texte | |
![]() |
Fig. 3 (a) Section de résistivité inversées ; (b) profils de Vs ; (c) caractérisation par sondages carottés. (a) Inverted resistivity sections; (b) Vs profiles; (c) Drilling characterization. |
| Dans le texte | |
![]() |
Fig. 4 (a, c, e) Représentation avant fusion des hypothèses ayant la plus grande masse de croyance par caractérisation TRE, MASW et sondages carottés respectivement ; (b, d, f) représentation des valeurs de masses de croyance associées à ces caractérisations. (a, c, e) Pre-merger representation of the hypotheses with the highest belief mass by TRE, MASW and cored borehole characterization respectively; (b, d, f) representation of the belief mass values associated with these characterizations. |
| Dans le texte | |
![]() |
Fig. 5 (a) Caractérisation de la section d’étude proposée par EDF ; (b) représentation des hypothèses ayant la plus grande masse de croyance à l’issue de la fusion par règle de Smets ; (c) par règle PCR6 ; (d) représentation des valeurs de masses de croyance associées à la caractérisation par la règle PCR6. (a) Characterization of the study section proposed by EDF; (b) Representation of the hypotheses with the highest belief mass after merging by Smets rule; (c) by PCR6 rule; (d) representation of the belief mass values associated with characterization by PCR6 rule. |
| Dans le texte | |
Current usage metrics show cumulative count of Article Views (full-text article views including HTML views, PDF and ePub downloads, according to the available data) and Abstracts Views on Vision4Press platform.
Data correspond to usage on the plateform after 2015. The current usage metrics is available 48-96 hours after online publication and is updated daily on week days.
Initial download of the metrics may take a while.





