| Issue |
Rev. Fr. Geotech.
Number 184, 2025
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| Article Number | E1 | |
| Number of page(s) | 2 | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/geotech/2025013 | |
| Published online | 28 August 2025 | |
Éditorial
Lettre éditoriale – Numéro spécial EUROGEO 08
* Auteur de correspondance : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Ce numéro spécial de la Revue Française de Géotechnique réunit huit articles scientifiques issus de la 8e Conférence européenne sur les géosynthétiques (EUROGEO 08, Lille 15 au 18 septembre 2025). Organisé par le chapitre français (Comité Français des Géosynthétiques) de la Société Internationale des Géosynthétiques (IGS), cet événement rassemble chercheurs, ingénieurs et professionnels autour des dernières avancées en géosynthétiques et en géotechnique.
Cette conférence, placée sous le thème des « Enjeux techniques et impératifs environnementaux pour le XXIe siècle », illustre la diversité des recherches actuelles dans le domaine, qu’il s’agisse de la durabilité des matériaux, de leur soutenabilité, de leurs fonctionnalités ou de la conception des ouvrages dans lesquels ils sont intégrés. Les huit articles sont des exemples choisis des études menées aujourd’hui sur les géosynthétiques, tant sur le plan scientifique qu’opérationnel. Ils mettent en évidence la grande polyvalence des géosynthétiques, leur diversité d’application ainsi que leur potentiel à offrir des solutions efficaces pour une construction plus durable, en réponse aux enjeux environnementaux actuels.
Le premier article (Rodrigues et al.) explore des solutions durables pour la construction de routes forestières non revêtues, essentielles à l’industrie de la pâte et du papier. Ces infrastructures, traditionnellement construites à partir de granulats naturels, soulèvent des enjeux environnementaux et économiques liés à l’extraction, au transport et à la mise en œuvre de ces matériaux. L’étude propose de valoriser un sous-produit issu de cette industrie, utilisé seul ou en mélange avec les granulats, avec ou sans renforcement par géogrilles. Cette démarche vise à limiter l’usage de granulats vierges, à éviter la mise en décharge du sous-produit papetier et à réduire l’empreinte carbone liée au transport des matériaux depuis les carrières. L’évaluation de cette technique porte sur les impacts économiques et environnementaux des différentes options de conception. Les résultats montrent que la combinaison du sous-produit avec un renforcement par géogrilles permet de réduire significativement les coûts et les émissions par rapport aux solutions classiques.
Le deuxième article (Jayakrishman et al.) porte sur le projet « Ain Dubai », situé sur l’île artificielle de Bluewaters aux Émirats arabes unis, qui a soulevé des défis géotechniques liés à la liquéfaction des sols marins. La rehausse de la plateforme initiale a réduit la stabilité en profondeur de la structure de protection côtière. Une analyse comparative a été menée entre quatre techniques de stabilisation : injection dans la couche liquéfiable, stabilisation cimentaire, renforcement du remblai par géogrilles et extension de tranchée en matériaux rocheux. Le choix s’est porté sur la solution géosynthétique pour sa pertinence technique, sa durabilité, et son impact environnemental maîtrisé. Cette étude fournit un cadre comparatif utile pour la conception d’ouvrages côtiers durables confrontés à des risques de liquéfaction, tels que ceux rencontrés fréquemment dans la péninsule arabique.
Le troisième article (Herault et al.) expose une application innovante des géocomposites de drainage, utilisés dans cette étude pour réduire les vibrations et le bruit structurel causés par le passage de trains. L’analyse porte sur un bâtiment de plusieurs étages avec un parking souterrain, situé à 20 mètres d’une voie ferrée. Le géocomposite constitué d’un noyau pyramidal en polyamide souple et élastique, a été évalué pour ses propriétés d’amortissement. Des simulations numériques ont permis d’analyser différentes configurations d’installation. Les résultats montrent une diminution notable des niveaux de vibrations et de bruit permettant de limiter les nuisances liées aux infrastructures ferroviaires. Ainsi cette étude ouvre de nouvelles perspectives d’utilisation des géosynthétiques pour protéger les bâtiments urbains des nuisances sonores et vibratoires induites par les infrastructures ferroviaires.
Le quatrième article (Abdelouhab et al.) porte sur la compatibilité entre les granulats de construction recyclés (RCA) et les géosynthétiques en PET utilisés dans les remblais renforcés. Bien que le RCA présente initialement une forte alcalinité liée au béton, a priori incompatible avec le PET, son pH diminue avec le temps, notamment sous l’effet de la carbonatation, un processus naturel d’interaction avec le CO2 atmosphérique. Cette réaction chimique, en transformant les hydroxydes en carbonates, entraîne une baisse progressive du pH, pouvant atteindre des valeurs inférieures à 9. À partir d’une revue bibliographique et d’essais de laboratoire, l’étude identifie les paramètres influençant cette évolution. Elle constitue une première étape vers une meilleure compréhension de la durabilité des renforcements en PET au contact du RCA.
Le cinquième article (Lugli et al.) évalue la durabilité à long terme de géogrilles en PET haute résistance, protégées par un revêtement en LLDPE, dans des environnements très alcalins issus de la stabilisation chimique de sols cohérents. Alors que le PET est généralement jugé inadapté dans des sols à pH élevé, cette étude montre que ces revêtements peuvent significativement limiter sa dégradation. Des essais en laboratoire et des prélèvements in situ (jusqu’à 20 ans d’exposition au Royaume-Uni et en Italie) démontrent que les résistances mécaniques restent très élevées. Ces résultats mettent en lumière l’intérêt de prendre en compte les effets des revêtements dans l’évaluation de la durabilité des renforcements géosynthétiques.
Le sixième article (Özçelik) présente des études de cas avec la mise en place et le suivi à long terme des murs en sol renforcé par bandes polymériques en Turquie, une technologie mise en œuvre pour la première fois en 1986 par la Direction Générale des Routes. Le premier mur a été construit près d’Ankara, un deuxième pour le pont sur le Bosphore à Istanbul en 1987 et un troisième à Kusadasi pour un aménagement routier hôtelier en 1988. Ces ouvrages, soumis à plusieurs séismes majeurs notamment en 1999 et 2010, n’ont montré aucun signe de déformation. Des bandes polymères exhumées après 20 à 22 ans de service ont été analysées. Les résultats ne montrent pas d’évolution de résistance en traction et de caractéristiques physico-chimiques et morphologiques des fibres. L’étude témoigne de la durabilité remarquable de ces structures, même dans des contextes sismiques sévères, après plus de trente ans d’exploitation.
Le septième article (Bannour et al.) s’intéresse à la conception et à l’optimisation de géocomposites de drainage de gaz utilisés dans les sols contaminés et les couvertures d’installations de stockage de déchets. Il se base sur une étude expérimentale pour évaluer le comportement de mini-tubes intégrés dans ces géocomposites de drainage multilinéaires servant à l’évacuation des gaz tels que le méthane, le CO2 ou le radon. L’étude évalue la capacité de drainage en fonction de différents diamètres et longueurs de mini-tubes, en utilisant de l’air et du CO2, et examine les pertes de charge liées aux connexions. Elle propose une méthode pour établir des équivalences entre différents gaz, en s’appuyant sur les lois du transport des fluides. En modélisant le débit drainé en fonction du gradient, cette recherche permet d’améliorer le dimensionnement des systèmes, avec une approche transposable à plusieurs types de gaz.
Le huitième article (El Ayoubi et al.) porte sur l’analyse du comportement mécanique de sols granulaires renforcés par géogrilles, à partir de simulations numériques par la méthode des éléments discrets. L’étude examine l’influence de la forme des particules et des caractéristiques des géogrilles (biaxiales et triaxiales) sur la résistance au cisaillement et les déformations latérales lors d’essais triaxiaux simulés. Les résultats montrent que l’imbrication des particules dans les ouvertures joue un rôle plus important que le frottement à l’interface. Les particules anguleuses améliorent la stabilité et l’efficacité du renforcement, tandis que la rigidité des géogrilles apparaît comme un paramètre déterminant jusqu’à un seuil au-delà duquel l’efficacité atteint un palier. Cet article propose ainsi une approche innovante pour guider le choix des géogrilles à utiliser pour des applications de renforcement en fonction des caractéristiques granulaires du sol associé.
Ces articles illustrent l’intérêt de la recherche dans l’évolution des géosynthétiques vers des pratiques géotechniques plus durables. En combinant expérimentations, modélisations numériques et études de cas, les connaissances sur les performances, la durabilité et les impacts environnementaux de ces matériaux ne cessent de s’accroître. Au-delà de leurs propriétés techniques, les géosynthétiques offrent un fort potentiel d’intégration dans des démarches d’économie circulaire, notamment par la valorisation de sous-produits, la réduction de l’usage de ressources naturelles et la limitation des impacts liés à la construction. Ces approches sont toujours en développement afin de garantir les pratiques les plus pertinentes permettant de concilier exigences techniques, performances environnementales et maîtrise des ressources.
Citation de l’article : Laetitia Van Schoors, Laurent Briançon, Philippe Delmas, Jean-Pierre Gourc, Orianne Jenck, Véronique Heili, Guillaume Stolz. Lettre éditoriale – Numéro spécial EUROGEO 08. Rev. Fr. Geotech. 2025, 184, E1. https://doi.org/10.1051/geotech/2025013
© CFMS-CFGI-CFMR-CFG, 2025
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